Les vacances d’hiver

 

 

Vieux tas de bois pourri au fond du jardin, qui jamais ne brûlera, merci. Petits et moyens écrous neufs ou usagés, du 12 et du 16 tout au plus, bringuebalant à l’ouverture du troisième tiroir de droite en partant du haut, dont ne sais que faire mais ne jetterai point, loués soient vous. Lettre reçue ce matin, vingt lignes, vingt ; vingt-et-une si je compte les trois mots précédant la signature, et dont la concision, la justesse et la beauté sont supérieurs à tout ce que j’ai pu écrire en dix ans de réflexion, gratitude.

La quinzaine des vacances d’hiver a réduit la circulation automobile de moitié, au bas mot. En conséquence de quoi le silence s’est attribué une place de choix par-dessus la ville. Un silence en forme de couvercle de verre.

Comme sorti d’un autre âge, échappé du tournage d’un film, un tracteur chaque matin à la même heure monte l’avenue en y laissant une trace sonore palpable et, sur le macadam, la décalcomanie en mottes de terre d’un appareil en épi ou en arêtes de poisson. Un voisin : mais, qui va décrotter tout ça…

Le tracteur, un John Deere vert et jaune, a la délicatesse – inconnue de l’automobile – d’expulser son gaz de combustion vers le haut par l’intermédiaire d’un pot d’échappement vertical ressemblant à la cheminée d’un steamer. Les branches des tilleuls apprécient moyennement, pourtant elles se courbent sur son passage comme les spectateurs éclaboussés sur celui du mascaret.

Semaine creuse, sans conseil municipal, sans brocante à la salle des fêtes, sans soirée dansante, sans même une tombola ou un loto des vieux. Juste les gens restés là, avec pour certains des mots brefs, ou des phrases de gens qui restent.

Vitres ensoleillées donnant sur le jardin, qui laissent apparaître en contre-jour, comme dans une grotte en négatif, le dessin des mains d’enfant parmi les salissures de poussière exagérées, merci. Lampe-tempête, ou de coursive, chinée dans un vide-grenier ligérien et qui éclaire la visiteuse, le visiteur du soir sous la véranda, mais dont il faudrait changer l’ampoule, louée sois-tu. Livre, épousant le creux de la main, gratitude.