La Paix, et les cases

 

L’année dernière au même jour descendait la Paix, venant d’Anvers ou d’ailleurs, glissant très doucement et presque sans un bruit vers le port d’Aubervilliers, celui de Rouen ou celui du Havre. Aujourd’hui il fait encore plus froid, la glace prend les bords du canal. On entend quelques cris de mouette autour du froufrou silencieux d’un couple de cygnes, toujours étonnés de voir tant de monde alentour.
Le soleil a fini par se lever alors que la Paix avait quitté les lieux. L’oreille garde longtemps en mémoire son battement métronomique, tandis que le moteur de la menuiserie prend le relais sur un autre rythme, dans un grincement de scies pas très musical.
Au café, le journal circule sur le comptoir. Il est dit que la terre est plate dans certains endroits du monde, ce qui explique peut-être les frottements des populations ; on ne sait plus qui croire, dans ces histoires à dormir dehors. En tout cas ici il fait chaud, en dépit des gens qui vont et viennent, tout entourés d’une odeur de tabac refroidi. Le médecin de garde fait les mots croisés du Figaro sur une table près d’un radiateur : — Regarde, ils ont oublié les définitions ! On regarde, on retourne, en effet, pas de définitions. — Mais qu’est-ce qu’on va faire des cases ?