Le pli

 

Sur la côte entre les rochers, un secret
Le pli de la main

Sur la mer entre pluie et vent, un bateau
Le pli des yeux

Sur le chemin entre les cailloux, ta cheville
Le pli de la vague

Sur la place entre les marchands, un chagrin
Le pli du front

Sur l’ivresse entre les lignes, des tonnes
Le pli du ventre

Sur le lit entre les coussins, ton idée
Le pli du cou

Sur le zinc après les années, la jeunesse
Le pli du rebétiko

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Cœurs Croisés

 

Après une courte séance de pose, l’amour durait le temps d’un 33 tours microsillon vinyle, avec à mi-chemin des glaçons sur la peau ou dans un verre. Musique actuelle, Blue note, post-bebop. Sous les lampes empoussiérées de l’amplificateur, la collection des géants. Un poster de Bach, sérieux comme le portrait imaginaire de Sade par Man Ray, mais aux lèvres plus épaisses, surveillait la porte d’entrée entre deux fenêtres sans rideaux en vis-à-vis du Génie de la Liberté, toujours en flammes.
Au soir, invisible et délicat, Samson François sonnait le glas d’Aloysius Bertrand nocturnement. Les négatifs Ilford HP5 ou FP4, peu importe, avaient bien le temps d’attendre leur révélation ; à l’époque, il suffisait de les glisser tels quels dans la boîte aux lettres jaune et bleue des PTT (la typo fabuleuse du R dans l’F comme l’e dans l’a de Lætitia) pour les recevoir développés quelques jours plus tard. Nous les découpions alors en bandes de 4 avant de les trier, et de dissimuler les témoins les plus tendres dans une boîte de fer à biscuits LU entre celle pour le sucre et un bocal de vermicelle.

Il sera de bon goût, aimable soleil, au matin d’effacer tout ça. Je t’en serai reconnaissant à te chanter louanges mille et trois autres fois. Restera pour bonheur le ruisseau et en serai ravi, à cloche-pied ou ce qu’il en reste.