Pluies fines – 4/6

Depuis la fenêtre, en vis-a-vis la vue sur d’autres fenêtres, dans lesquelles le mouvement à l’infini se répète : écho, écho, écho. Le rideau de pluie sous un ciel gris lourd, clair, somptueux, fait l’effet d’une toile sur quoi déroulerait un film historique — avec des extraits d’époque remastérisés, donc déchiffrés et reproduits avec les moyens et l’idéologie contemporains du commentateur —, celui de sa propre vie. Les fenêtres d’en face comme autant d’avatars de nos désirs mêmes, des plans exclusifs, hors de notre prétention, en apparence. Le soir, lorsque s’allument les intérieurs, plein de récits sauvages, inaccessibles, privatifs. Seule l’imagination intervient, colorise et s’implique dans ces altérités pourtant si proches. Des silhouettes se reflètent aussi dans la rivière calmée sous l’averse, forme longue immobilisée de stupeur.  Écho, écho, écho ; obsessions. La faim commence à souffler le chaud et le froid.