D’un soir l’autre, sur la colline et sur le sable

Le vent – qui se croit tout permis – avait jeté au sol les fils électriques. À l’aide d’une lampe torche, opportunément placée en évidence dans le premier tiroir du meuble de l’entrée, nous retrouvâmes, dans une malle au fond du garage, les cierges domestiques de couleur jaune en paquet de douze et le réchaud « Bleuet » de chez Camping-gaz, avatars d’un passé vert et aventureux, mais lointain. La colline aux arbres faisait entendre un gémissement puissant, sourd et grave, tandis que les plinthes et bas de porte sifflaient allègrement. Ce fut une belle soirée.

Le lendemain, après un saut en compagnie des enfants au dépôt-vente / boutique solidaire – musée aux expos temporaires en perpétuel renouvellement – une balade sur la côte nous montrait les dégâts liés à la marée, comme d’habitude inconséquente et tête-en-l’air. Les images qui suivent illustrent le propos en l’augmentant.

Sur le sable en fin de parcours et à perte de vue, d’étranges hiéroglyphes de doigts sacrés et mains tendues. Peut-être était-ce un cours de philosophie éphémère, comme le dernier repas des néréides, ou vers annélides polychètes. Va savoir.

(au retour – ne pas négliger les retours – Paulus Potter, Julien Dupré, Jean-François Millet, Rosa Bonheur, merveilles du soir et odeurs d’étable)

Umbilicus rupestris, portrait

Crassulescente et saxicole, la plante appelée « nombril de Vénus » provoque les mots savants et convoque les genres simples. On la trouve sur les murs, au long des haies ou contre les talus ; entre les racines des arbres. On ne doit pas la confondre avec l’écuelle d’eau (ou arbre aux patagons).

En mâchonnant sa feuille, diurétique et colalogue, légèrement déprimée mais radicale et orbiculaire, comestible crue, un goût de concombre juteux se détache ; et après en avoir retiré la cuticule inférieure, on peut l’appliquer sur les plaies pour les aider à cicatriser, ou sur les brûlures, pour en calmer la douleur. On peut également, comme jadis en Bretagne, l’écraser pour culotter les poêles. Quand ses fleurs sont hermaphrodites, la partie souterraine de la plante est tubéreuse et subsphérique. Ses déclinaisons vernaculaires sont la coucoumelle, le carinet, l’escoudelle ou l’oreille-d’abbé, frères et sœurs d’empierrement ou de bocage.

Seul hiatus dans la sensualité syllabique de la succulente, sa dissémination est dyszoochore. Et l’on se doit d’y tenir, comme la corde au cou du pianiste, ou à l’âme du pendu d’Aloysius Bertrand.

illustr. un talus à Nicorps (50) orienté S. S. E.

(note réalisée avec des mots provenant majoritairement de l’article Wikipédia afférant à, lequel je remercie de)

Granville, carnet

 
 
 

On se promène sous le soleil, comme dans la toile d’un peintre anglais conservée dans le palimpseste de la rétine avec sa mémoire collective, sans précision supplémentaire ; l’idée suffit, le vent émiette les cris des enfants et ceux des mouettes dans un même élan libertaire (les cabines de plage ne sont pas encore sorties de leur emballage). On aura fait le tour de la ville en moins de temps qu’il n’en faut pour aller à Chausey, Saint-Hélier, New-York ou Southampton.

Car c’est un cap, que dis-je c’est une presqu’île, un doigt crocheté en pichenette pour déguerpir au plus vite, une langue de rochers conçue pour l’exil. Les ferries, vedettes et hydrofoils sont en éveil, diesel ronronnant au cœur du port de commerce (celui dit de plaisance est purement décoratif).

Chez ceux qui restent, amis, amants ou maris, au bar on taperait bien la belote, de comptoir bien sûr avec à la mise quelque chose à boire (à la radio on entendait Portishead, encore un coup de Radio-Nostalgie). Dehors il y aura bientôt un nouveau plan de circulation, histoire de mieux tourner en rond après les municipales et de fidéliser clients et ingénieurs de l’équipement.

Il n’empêche, la photo de ma mère à motocyclette sur la route blanche poudrée des vacances, pas loin de la villa des parents Dior en 49 – elle s’appelle « les Rhumbs », la rose des vents et on y reviendra – question départs ça se pose là.

La photo est passée comme un souvenir d’avant naissance, bribes jaunies lavées par le temps et les paroles depuis, les paroles de pluie. Et les cabines de plage reviendront toujours au même endroit avec d’autres baigneuses toujours jeunes dans des toilettes qui passent en boucle, comme la mémoire et comme la mode fait du neuf avec du vieux cheveux au vent, évidemment.

 
 
 
 
 
 
(photos à Granville, le 29 janvier 2020, la dernière datée 1949, et on dirait l’été)

 

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