L’image est lointaine, dans l’espace et dans le temps. On ne saurait dire exactement l’année, peu importe. Les gestes sont les mêmes, et la couleur de l’air inoffensive. Qui n’a jamais caressé les cheveux d’une autre personne dans le vent de la mer ?

Les enfants et les chiens ont en commun de tout donner, quelle que soit l’heure, quel que soit le jour. On dirait un éveil permanent et gratuit, effusions sans espoir de retour. Les enfants parfois s’accroupissent sur un univers minuscule dont on ne peut les soustraire.

C’est aussi les ombres de février, longues et silencieuses. On pourrait se croire en Mauritanie ou dans le Sahara occidental, si seulement j’avais la moindre idée de ce qu’il y a là-bas, si ce n’est les affiches de l’Aéropostale vues autrefois dans un musée poussiéreux. Ici et maintenant, c’est le seul endroit à ma connaissance où l’on peut marcher de longues minutes les yeux fermés, jusqu’à ne plus savoir rien d’autre que la beauté continuée.

Au retour, sur l’autoradio Alex Dutilh a donné le titre d’un air de jazz avec peu de notes, des accords simples et mélodieux. Il était déjà tard et je me souviens qu’en sortant de Bréhal le moteur tournait environ à 2000 tours minute. Et bien non, on n’est pas rendus.