Rouge conquête

Dans la tristesse des invendus noircis de pluie et de rosée, dans le contrejour des apparences, le terrain domestiqué à l’excès devrait être rendu aux bêtes sauvages elles nous observent depuis les âges avec les mêmes yeux inchangées, elles auront vu naître...

Prière à la voyante

Voyante, écoutez voir, on ne sait plus quoi rêver Devinerez vous une fêlure, un indice, une lueur, un poème, une caresse, une paire de claques Imaginerez vous une impression, un soleil levant, un pressentiment, une abstraction, un égarement, une jalousie, une...

Sans intention de la donner

La pluie trouve toujours quelque chose à laver même l’oubli, J’ai regardé s’asseoir un danseur quatre-vingts ans bien sonnés il a fait le geste d’allumer une cigarette, bras suspendu en un Calder pour assurer sa cavalière, oiseau du même âge il ne la caresse que d’un...

Les chevaux

Dites-leur que c’était avant la rentrée des classes lorsque le sommeil vient difficilement mélange de crainte et d’excitation l’odeur des choses neuves fondue avec celle des choses retrouvées l’inévitable envie d’être à la hauteur...

Un fragment de plain-chant

J. S. Bach, Promptuarium musicum, Pars Tertia : Osculetur me osculo oris sui, Pygmalion, Raphaël Pichon Le vent, donc le vent qui rappelle en sifflant de ne pas s’inquiéter des journées qui passent trop vite, des petits papiers perdus, sans doute envolés, des...

L’homme désactivé

Une femme assise, robe sous le genou, orange, ciel, pomme : un Bonnard Des sandales de paille lacée, une gousse d’ail en pendentif sur la gorge Des piques à olives, vertes, noires, éparpillés en mikado sur la table ronde bistrot autour d’une anisette, une...

Indifférence

Après les courses, en ville Les cris des enfants comme une bagarre de pies Un plancher qui craque, ou une plinthe Le chat qui fait semblant de regarder ailleurs, vers les fleurs Des oignons qui crépitent, émincés dans la poêle Les odeurs de glaïeul, mieux connus pour...

Égarées dans la fable

un matin au réveil l’air est si léger, si doux l’orage était sec et l’esprit attentif, sans distraction, reposé un Cessna laborieux n’en finit plus de passer, soixante ans de solitude mécanique les Manouches ne sont plus là, disparus des...

Une minute en mai, V

L’été, on s’arrêtait pique-niquer à la naissance d’un chemin au bord d’une départementale. La table de camping Lafuma était retirée du dessus des bagages dans le coffre de la 404 et stabilisée dans l’herbe avec des cailloux. À la fin du...

Une minute en mai, IV

Tes cheveux autrefois, les doigts s’y perdent en jouant du tambour, le vent y dessine des rivières elles caressaient tes muscles, ton dos La main comme une prière désormais, un frisson parcourt la joue, le cou, tes yeux baissés sur le sable couleur de soie...