Les chevaux

Dites-leur que c’était avant la rentrée des classes lorsque le sommeil vient difficilement mélange de crainte et d’excitation l’odeur des choses neuves fondue avec celle des choses retrouvées l’inévitable envie d’être à la hauteur...

Un fragment de plain-chant

J. S. Bach, Promptuarium musicum, Pars Tertia : Osculetur me osculo oris sui, Pygmalion, Raphaël Pichon Le vent, donc le vent qui rappelle en sifflant de ne pas s’inquiéter des journées qui passent trop vite, des petits papiers perdus, sans doute envolés, des...

L’homme désactivé

Une femme assise, robe sous le genou, orange, ciel, pomme : un Bonnard Des sandales de paille lacée, une gousse d’ail en pendentif sur la gorge Des piques à olives, vertes, noires, éparpillés en mikado sur la table ronde bistrot autour d’une anisette, une...

Indifférence

Après les courses, en ville Les cris des enfants comme une bagarre de pies Un plancher qui craque, ou une plinthe Le chat qui fait semblant de regarder ailleurs, vers les fleurs Des oignons qui crépitent, émincés dans la poêle Les odeurs de glaïeul, mieux connus pour...

Égarées dans la fable

un matin au réveil l’air est si léger, si doux l’orage était sec et l’esprit attentif, sans distraction, reposé un Cessna laborieux n’en finit plus de passer, soixante ans de solitude mécanique les Manouches ne sont plus là, disparus des...

Une minute en mai, V

L’été, on s’arrêtait pique-niquer à la naissance d’un chemin au bord d’une départementale. La table de camping Lafuma était retirée du dessus des bagages dans le coffre de la 404 et stabilisée dans l’herbe avec des cailloux. À la fin du...

Une minute en mai, IV

Tes cheveux autrefois, les doigts s’y perdent en jouant du tambour, le vent y dessine des rivières elles caressaient tes muscles, ton dos La main comme une prière désormais, un frisson parcourt la joue, le cou, tes yeux baissés sur le sable couleur de soie...

Une minute en mai, III

On en parle beaucoup, on ne fait rien derrière, à murmurer comme les lézards près des plantes du Carbonifère, vous nous survivrez sans doute dans la chaleur infernale comme résistera Jules Verne sur la plage près du grand lac au centre de la Terre (une minute trente....

Une minute en mai, II

Les amies orchidées chantaient, à l’abri du vent d’est, un air marin très doux au bord de la luzerne Du Benjamin Britten ? Il faudrait une ouïe fine, un pavillon sacré vers l’Orient tendu C’était donc du Ravel, un autre sortilège (Claude...

Une minute en mai, I

S’il existait une section « paysage » à l’agrégation, seraient admis aux meilleures places ceux qui n’ont rien dit, rien écrit ; ceux qui ont regardé en leur for. Peut-être Les gens qui écrivent tant et tant, à propos de la solitude, sont souvent...