La ronde N° 31 : Figures (par Marie-Christine Grimard)

C’est aujourd’hui la ronde, suite de textes en échanges
avec pour thème le mot « Figure »

Principe : le premier écrit chez le deuxième, qui écrit chez le troisième, etc.

Je reçois à nouveau (le hasard en a décidé ainsi, et je ne m’en plaindrai pas) Marie-Christine Grimard, auteur du blog Promenades en Ailleurs
Et c’est Giovanni Merloni qui me fait le plaisir de m’accueillir sur le portrait inconscient

Merci à eux deux, merci à tous ceux qui font la ronde, et à leurs lecteurs !

Figures à géométrie variable

Les figures réalisées par ces patineurs sont autant d’exploits. Ils enchaînent arabesques et pirouettes, semblant défier les lois de la pesanteur à chaque instant. Ils gravent dans la glace et dans l’esprit des aficionados, le souvenir de leur sillage impeccable, peu importe si les juges ne leur accordent pas la suprême récompense. Parfois les nuits d’hiver, la glace qui glisse sous le vent, rêve aux figures qu’elle a gardées en mémoire et dessine sur les fenêtres les guirlandes de volutes dont elle se souvient.

***

Ma chérie, je n’ai plus figure humaine, regarde ce que ce coiffeur a fait de moi. Je lui ai demandé d’égaliser les pointes et il est parti sur ses grands cheveux, à grand renfort de ciseaux aiguisés qu’il agitait au-dessus de ma tête. Je le voyais dessiner des grands cercles concentriques de plus en plus serrés me demandant quelle figure géométrique, triangle, losange ou pentagramme, trônerait au sommet de mon crâne à la fin de son délire.

***

Le visage de cet homme me rappelle une figure géométrique : un carré ou plutôt un beau cube lisse aux arêtes saillantes, sans un poil sur le caillou, les oreilles collées à son crâne dans le sens du vent, les yeux enfoncés et le nez aplati comme si rien ne devait dépasser de sa personne. Une vraie figure de statue de sel, imperturbable et tellement sûr de lui, qu’on a envie de voir un oiseau le prendre pour perchoir pour lui rabattre son caquet !

***

Je vous demande d’écrire un texte d’invention, vous avez tout loisir de choisir librement votre sujet, en utilisant cependant toutes les figures de style apprises depuis le début de l’année. Votre texte devra se développer comme un arbre dont on suivrait la croissance des branches harmonieusement construites, dans un registre réaliste. Les figures de style apparaîtront comme autant de perles agrémentant le texte pour mettre en valeur vos idées. Vous avez quatre heures.

***

Figurez-vous qu’un jour j’aurai le temps de l’écrire ce roman surréaliste où les plantes s’empareront du monde pour se venger de ce que les hommes leur ont fait subir depuis leur apparition sur terre. Elles s’affranchiront de leur immobilité, franchiront les limites de l’inimaginable et feront disparaître les vestiges de la civilisation humaine sous un tourbillon de vrilles et de feuilles.

***

Finalement, je ne sais quelle figure choisir, tous ces textes feraient bien le début d’une belle histoire à figure humaine ou pourquoi pas les aventures d’une figure de proue ! En ces temps de récompenses littéraires, il suffirait de laisser les mots s’étirer sur la page en prenant le temps de les écrire en suivant les lignes comme on suit le vol des oies sauvages…

***

Texte et photos M Christine Grimard

— prochaine ronde le 15 janvier —

La ronde N° 30 : Arbre(s)

C’est aujourd’hui la ronde, suite de textes en échanges
autour du thème « Arbre(s) »

Principe : le premier écrit chez le deuxième, qui écrit chez le troisième, etc.

J’ai le grand plaisir d’accueillir, pour cette trentième ronde, Marie-Christine Grimard, avec un phototexte des plus communicatifs, comme à son habitude.
On me retrouvera cette fois-ci chez l’ami Dominique Hasselmann. *

Merci amicalement à eux deux, merci à tous ceux qui font la ronde, et à leurs lecteurs.

ARBRE DE VIE / ARBRE D’OUBLI / ESPOIR

 

 

Auprès de toi, l’air est plus doux
Rêver de ce qui pourrait être
Bercé dans l’ombre de tes branches
Redevenir un jeune enfant
En écoutant l’oiseau chanter

Dans l’espoir fou de la jeunesse
Errant dans l’éternel printemps

Vivre sans décompter son temps
Impatient de ce qui sera
Empreint d’un espoir inconscient

Avoir tout le temps devant soi
Reprendre un peu de jours heureux
Boire à la coupe des plaisirs
Refuser de voir les nuages
Et décider que tout est beau

Derrière soi, laisser les maux

Oublier ceux qui passent et lassent
Un jour amis, un jour tueurs
Bénir les nuits où la vie danse
Laisser passer les jours d’horreur
Indifférent aux importuns

Et quand le dernier jour viendra
Se retourner sur son chemin
Penser, sans regret ni remord
Oser écrire en souriant
Il faisait très bon ici-bas
Reviendrai-je sous ces branchages …
……….… où j’ai vécu et tant aimé

Texte et photos : M. Christine Grimard

Aujourd’hui dans l’atelier :

Marie-Noëlle Bertrand
va chez Joseph Frisch
qui va chez Noël Bernard
va chez Hélène Verdier
va chez Franck Bladou
va chez Giovanni Merloni
va chez Marie-Christine Grimard
va chez Dominique Autrou
va chez Dominique Hasselmann
va chez Guy Deflaux
qui va chez Marie-Noëlle Bertrand

— prochaine ronde le 15 novembre —
  • texte disponible ici également

La ronde N° 29 : Désert(s)

Aujourd’hui, la ronde, suite de textes en échanges
sur le thème « Désert(s) »

Principe : le premier écrit chez le deuxième, qui écrit chez le troisième, etc.

J’ai le grand plaisir de recevoir Jacques, et sa Patagonie. Ce billet aurait dû paraître le 15 juillet, simultanément avec ceux des autres participants. Pardon, évidemment, pour ce retard. Je me déplaçais alors chez l’ami Dominique Hasselmann*.

Merci à eux deux, merci à tous ceux qui font la ronde, et à leurs lecteurs.

Patagonie

 

 

lui assis de biais, disant que oui après tout Paris, d’accord, toute cette joie, mais vois tu ce qu’il préférait, c’étaient les soirées d’automne, le vent qui appauvrissait les arbres, qui jour après jour les dépouillait, leur rendait forme humaine, c’est merveilleux hein le soir toute cette nostalgie et qu’il allait chercher là-bas dans le Jardin des Plantes où, étudiant c’est à dire penses tu en 1976 … où parfois il arrivait à l’ouverture, pour passer la journée entière sur un banc – non elle ne le voyait pas rester autrement que dix minutes, mais faisant celle qui croyait – tout ce temps à regarder les heures courtes d’octobre s’alourdir et tomber, vois tu, le temps et la vie, des jeunes femmes poussant des enfants, puis le soir pastel de plus en plus sombre tiré par des bourrasques d’ouest à travers l’allée principale vers la Seine , alors qu’un solfège d’étoiles se mettait en place, et qu’il prétendait, être le dernier visiteur, la dernière présence humaine dans ce grand rectangle de silence où depuis des siècles, au-dessus des égouts, du métro et peut-être aussi de rivières souterraines, de grands cèdres alimentaient leurs racines dans ce limon profond du fleuve, ce n’est pas comme chez vous vois tu, et alors elle le regarda avec un imperceptible sourire des yeux, un peu agacée quand même de ses tics de langage, du tutoiement, il allait parler de la guerre, de tout ce qui s’était passé, or chez nous, depuis des années tout est nouveau, bien plus efficace qu’à Paris justement : il y a des cafés des magasins de luxe, des pelouses et des canaux tout est fait pour que les gens soient efficaces et que la vie sans accrocs, mais il fallait le laisser parler car il était si confortable dans son rêve et puis après tout le restaurant était calme et climatisé et il valait mieux être là que sur la route pour les douze prochaines heures à traverser un pays de bois et de lacs où seuls des animaux sauvages pourraient – peut être – s’orienter, puis de longues vallées suspendues dans ces rochers calcaires et rouler encore vers S*** heure après heure, mais qu’est ce qu’ils avaient à les envoyer là ces gens du Siège, eux qui n’avaient jamais simplement vécu deux jours sur une plate-forme et qui ne connaissent du pétrole que ce qu’il faut pour la berline familiale entre la banlieue ouest et Saint-Denis, l’envoyer, elle avec MachinChose en chaperon, soixante ans au moins et sa géologie électronique top niveau, et qui maintenant dérivait sa nostalgie vers Montmartre puis Vincennes et sans doute bientôt le tour de Paris ou les jardins du Palais Royal, elle regardait maintenant derrière lui la photo de l’ancien propriétaire autrichien qu’on avait accroché là au dessus du bar vois tu

après qu’ils auront dépassé les derniers kilomètres de verdure, traversé S***, ce seraient la poussière et les pierres, les cahots et la trace vers le sud où la frontière fait une sorte d’angle aigu, comme enfoncé dans la province de P*** le guide armé tenant le volant à deux mains, son regard fixe à peine au dessus du capot, n’arrêtant pas de parler dans cette sorte d’anglo-sabir nerveux couvrant à peine le tintamarre d’une radio-cassette canadienne, alors qu’au loin scintillant dans l’écrasante lueur du matin, on verrait ces châteaux en Espagne, (elle avait appris l’expression fata morgana), pendant que l’autre voiture de l’escorte où il est assis le buste droit croisait et décroisait leur route, tantôt devant, tantôt derrière, et qu’à Paris l’été finissait en douceur au Parc Montsouris

Texte et images, Jacques d’A.

 

 

La ronde tournait cette fois-ci dans le sens suivant :

Marie-Christine Grimard chez Jacques
Jacques chez Dominique Autrou
DA chez Dominique Hasselmann
DH chez Franck
Franck chez Céline Gouël
CG chez Jean-Pierre Boureux
JPB chez Giovanni Merloni
GM chez Marie-Noëlle Bertrand
Marie-Noëlle chez Marie-Christine, etc.

 

— prochaine ronde le 15 septembre –

* texte disponible également ici

La ronde N° 28 : souvenir(s)

Aujourd’hui, la ronde, suite de textes en échanges
sur le thème « souvenir(s) »

Principe : le premier écrit chez le deuxième, qui écrit chez le troisième, etc.

Serge Marcel Roche, auteur du blog chemin tournant, nous fait le plaisir de prendre part à l’épisode. Je lui en suis reconnaissant.
Pour sa première participation, c’est une joie de mettre en ligne ses mots, tandis que je me déplace chez l’ami Franck.*

Merci à eux deux, merci à tous ceux qui font la ronde, et à leurs lecteurs.

 

Fin de semaine

 

 

 

 

 

1 On case les subsahariens au dernier étage de l’hôtel où dans une chambre médiocre chacun disparaît.

2 Douche sommaire, l’eau monte avec peine, le village n’est pas loin.

3 Nuit, je fume, au bord de la fenêtre.

4 Presque midi, immeubles tristes, coulures grises sur ocre déteint, terrasses sans apparente vie humaine.

5 Prospectus avec plan du même ton que dehors. Adresses de lieux où je n’irai pas.

6 Il est dit : Quatre-vingtième ville la plus chère du monde.

7 Je longe le rempart sans être ému par les siècles ; corniche, blocs de béton, bouts de grues portuaires.

8 Je ne verrai pas la mer.

9 Oublié que déjà le soir (dormi matin), la mosquée, trait faïencé, n’est plus ouverte qu’aux priants.

10 Retour au centre par un quartier populaire, bâtis morbides, odeur d’équarrissage, liquides divers.

11 Deux ou trois vieux me saluent discrètement – on me dira plus tard : héritage de Lyautey.

12 Flânerie dans l’ancienne médina décrépite, les portes bien que fanées sont encore belles ; je rêve à des patios derrière, des jardins qui n’existent plus.

13 Achat d’un truc en toc, une lanterne, et d’une petite coupe à motifs bleus. Pourquoi ?

14 Passage par el Bab… (laquelle?) ; c’est plus gai, vendeurs, chalands, sons de radio.

15 Viduité de l’être étranger. Je parviens d’une cabine à téléphoner (au pays, chez soi).

16 Nuit mauvaise. Effrayante absence de bruits. J’ouvre la fenêtre.

17 Matin, pas plus de deux passants. Une place avec des pigeons nombreux, des pigeons asthmatiques et fiévreux.

18 Architecture sans lieu. Du néo. La cathédrale (geste : par là) est devenue espace culturel.

19 Elle est belle, ma ville endimanchée, me dit, souriant, l’homme d’affaires.

20 Déposé devant une église gardée par des militaires.

21 Une vieille femme me raconte sa vie durant, sa vie où tout se mêle, tendresse et haine.

22 Déjeuner, là ou ailleurs, je ne fais que passer.

23 Rentré à pied, je crois. Après-midi très morne, sur le lit. Pas de garçon d’hôtel.

24 Quelques pas, un tour de-ci de-là, sans penser.

25 Une femme, vêtue d’une robe scintillante, attend son carrosse mécanique.

26 Rester devant, encore un peu, pour n’être pas seul là-haut.

27 On vient me chercher, c’est encore le jour.

28 Vouloir seulement partir.

29 Vous n’êtes pas sur la liste des passagers.

30 Fin de semaine à Casa.

Nos souvenirs sont-ils du cinéma ?

Serge Marcel Roche

La ronde tourne cette fois-ci dans le sens suivant :

Marie-Noëlle Bertrand chez Élise
Élise chez Giovanni Merloni
GM chez Serge Marcel Roche
SMR chez Dominique Autrou
DA chez Franck
Franck chez Jean-Pierre Boureux
JPB chez Hélène Verdier
HV chez Noël Bernard
NB chez Jacques
Jacques chez Marie-Christine Grimard
MCG chez Marie-Noëlle Bertrand
etc.

— prochaine ronde le 15 septembre —

* texte disponible également ici

 

 

La ronde N° 27 : dialogue(s)

Aujourd’hui, la ronde, une suite de textes en échanges
sur le thème « dialogue(s) »

Principe : le premier écrit chez le deuxième, qui écrit chez le troisième etc.

 

 

Élise est venue avec un poème de Jean Tardieu.
À partir du poème Conversation, paru en 1951 dans le recueil Monsieur monsieur, jouer à Un mot pour un autre c’est-à-dire changer quelques mots d’un texte tout en en respectant sa structure :

 

Élise L.

 

On trouvera chez Marie-Christine Grimard, que je remercie pour son accueil, un cut-up de mon invention, à partir de chacun des textes des dix premières rondes.

 

La ronde tourne cette fois-ci dans le sens suivant :

Marie-Noëlle Bertrand chez Jean-Pierre Boureux
JPB chez Jacques
Jacques chez Élise L.
Élise chez Dominique Autrou
DA chez Marie-Christine Grimard
MCG chez Giovanni Merloni
GM chez Dominique Hasselmann
DH chez Céline Gouel
CG chez Franck
Franck chez Noël Bernard
Noël Bernard cher MNB …

 

 

— prochaine ronde le 15 mai —