Qui, pour encourager à briser ce silence

(vicissitude d’un virus vibrionnant),

un ami éloigné, le frissonnement de la langue, un souvenir maternel ?

Parfois, en lisant quelque ouvrage, à l’aplomb d’une phrase surgissent en bloc, comme une bouffée d’éther :

odeurs d’enfance, l’éclair d’une situation, plein mouvement retrouvé ; sans relation aucune avec ce qui est écrit sur le papier

remuement et dérangement

Vient alors l’énigme mille fois éprouvée, les mots doués d’un pouvoir au-delà de leur sens habituel, par dessous

Une formulation sensible, secrète, s’est substituée accidentellement au lieu commun, puissance locomotive éphémère

Mais la lecture continue dans l’évaporation comme après un rêve (un retour sur les mots mis en cause ne reproduit rien, ils sont aussi secs qu’un cœur de pierre)

Et l’on cherche encore, au-delà du premier plan qui habituellement contraint, égare, divertit, le sens caché derrière la forêt de l’infiniment petit

L’ailleurs est peut-être sous les yeux

Le lendemain, le temps s’est remis au froid. Un vent aigre a pris les arbres à rebrousse-poil, ça regimbe. Derrière la haie de l’autre côté de la fenêtre on entend parfois les deux notes rauques d’un coq passé outre les chasseurs cet hiver. À la radio circulent des informations faramineuses, catégoriques et contradictoires. Cela donne envie de les entrechoquer par bribes comme autant de petits hiatus au pied de la lettre. Arrangés en un ordre différents, leurs mots finiront bien par cracher le morceau, va savoir.

(photos, Nicorps les 13 et 14 avril 2021)


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