Elles sont parties. Les petites-filles. Hier encore elles étaient là, la maison résonnait de leurs cris, c’était l’été. Ce matin elles sont parties.

Nous ne connaîtrons plus les réveils à une heure trente-sept du matin, puis à deux heures zéro-huit, session choré Tik Tok oblige. C’était l’été. Plus besoin d’insister, midi et soir, pour faire mettre la table ; caduque, l’obligation de faire quatre-vingts kilomètres pour trouver un parc d’attractions débusqué (démasqué ?) sur les pages Loisirs de La Manche Libre. Personne, pour assassiner au Bic 4 couleurs la page vierge des mots croisés et des mots fléchés Ouest-France. Finis, les pleurs à cause de la marée basse précisément à l’heure du bain, ben oui, c’est comme ça, la mer pour la trouver il faudrait marcher deux kilomètres dans la vase au milieu des parcs à moules. Et surtout, surtout, quelques pages de mes vieux Mazenod d’avant le déluge ne seront plus jamais découpées consciencieusement pour servir de set à pique-nique décoratif.

J’en oubliais, de ces facéties, quand leur mère est venue les chercher, officiellement pour préparer la rentrée des classes.

Seulement soudain, un doute me presse. Ne les aurais-je pas pour ainsi dire foutues dehors.

Ce serait trop bête.

Enfin, les Limousins mangent des châtaignes et ne se plaignent pas, comme disait Saint-Just.

On meurt d’envie de bien faire, difficile de remettre cela d’aplomb avec le fil de sa propre enfance. Enfance dont on ne se souvient pas très bien, et dont la justesse du souvenir doit beaucoup aux fils croisés, dans la durée, avec les contemporains de l’action, contemporains dont la mémoire, cependant et à la longue, flanche. On devrait se douter que les pelures de la fiction finiront par enrober si voluptueusement telle ou telle anecdote que celle-ci se transformera insensiblement en un avatar de celle-là.

Mais je radote, et en extravagant je m’égare. D’ailleurs, il serait temps de ne plus se reposer sur ses propres souvenirs embellis par ceux des autres et devenus par le jeu du temps de gentilles fables (à commencer par ceux écrits incessamment dans ce blog), mais plutôt de jouir sans entraves des délicieux petits coups de poignard du hasard.

(Il irait de soi, dans une telle occurrence, qu’en dépit de cette blessure nous resterions en bons termes ; vous pourriez compter sur moi, d’un caractère égal, j’y veillerais)


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