La prévenance des arbres, l’infinie délicatesse avec laquelle ils s’avancent vers vous. Leur ciel de vie suffit aux amants d’une heure ou deux, aux assassins, aux repentis et aux solitaires non bagués ; qui viendrait les déranger ici. Plutôt mourir, gronde le platane. Des circassiens répètent leur prochaine cascade mentalement, comme le pilote de voltige tout en gestes muets les yeux fermés avant son meeting. Les arbres sont vaccinés contre la mélancolie, on le découvre à la grâce de leur robe et à la véhémence de leurs conversations les jours de tempête.

Dans ce contour tendre et pour ainsi dire propice, un château s’est élevé autour de son four à pain, levain indispensable à la solidité de la voûte céleste.

À quelques jets de pierre de là, la mer est délicate et discrète comme une amie lointaine ou comme la brume d’hiver au fond du vallon. Pourtant elle ne regarde pas à la dépense. Son mouvement est populaire, si le mot a encore un sens, et gratuit, si le sens a toujours son mot. À retenir, sa précision, qu’on dirait calquée sur les tables des océanographes vulgarisées dans la presse locale et maritime. Mais que leur ai-je donc fait, doit-elle se dire au fond des abysses devant un vin chaud.

Hier, des arbres ont été abattus pour les ficher en pieux sur le sable, espérant ainsi briser les brisants, comme sur la plage du Sillon à Saint-Malo. Lumineuse idée des esprits coraliens du magistère approprié.

Plus tard dans la soirée, le noyer mort derrière la maison est toujours debout.

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