Puisque c’est ainsi, attestation dérogatoire en poche, et pas grand chose d’autre sur soi si ce n’est des fanes de radis, histoire de rendre son dû à la terre, on part pour une balade d’une heure. Avec un peu d’audace, elle pourrait être portée à deux heures, car ici en pleine campagne qui craindre, en vérité ? Le garde-champêtre, la gendarmerie montée ? Un garde-chasse perdu depuis le mois dernier ? Un quidam jaloux ou à l’esprit policé ? La pie-grièche, le pivert ? Un concitoyen ; le sénateur Philippe Bas, en embuscade entre deux commissions constitutionnelles, ou le député Stéphane Travert, soutien fertilisant des néonicotinoïdes ? Vétilles, fumées. En fait, sur le chemin nous ne croiserons personne, en dehors d’une végétation en avance d’un mois, comme elle le devient chaque année, si bien que bientôt nous célébrerons l’arrivée de l’été botanique en plein hiver, un peu comme le nord magnétique s’approche continûment du nord géographique, mais à un rythme plus lent, pour le moment.

Pour en venir au sujet, une heure de marche cela donne, sur la carte, une lieue, mesure d’Ancien Régime qu’on pourrait appeler désormais une heure NN, pour Nouvelle Norme (sans besoin de mettre un masque), ce qui correspond à peu près à un aller-retour par le chemin creux jusqu’à l’église, pas encore désacralisée en dépit d’une fréquentation étique, m’a-t-on dit, peut-être grâce à son if protecteur, nul ne le sait à part peut-être son hôte le hibou. Dans le chemin, duquel il est difficile de sortir a contrario d’une promenade en ville, aux incessants carrefours, on marche sous le niveau du sol environnant. Il en résulte une végétation d’ombre, ou de mi-ombre, végétation forcément fantastique, en littérature spécialisée : stellaire holostée, compagnon rouge, herbe à robert, véronique agreste, jacinthe des bois, géranium des prés… Encore une fois, des mots que l’on retrouve chez le Mayennais Jean-Loup Trassard, et son bien nommé roman L’homme des haies.

Dans le doute, et puisque la nature n’existe pas, autant ne rien faire sinon le dire, et laisser tel quel le paysage inventé, éviter autant que possible sa destruction. Mieux encore, multiplier sa diffusion. Pour preuve, ces quelques photos (au nombre de douze, nombre horloger et facile à retenir, comme une table de multiplication).


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