Après plusieurs longueurs sur la plage longiligne, en quête de toute surprise bienvenue, pas totalement libre pourtant puisque appareil photo à la main, mais les mains croisées dans le dos, torse légèrement penché en avant sous le manteau de toile à capuche, en cela ressemblant au moine circulant entre vêpres et complies, mais au lieu de sandales des bottes de caoutchouc couleur de vase, et en guise de cloître le fascinant spectacle de la mer où rien ne se passe, à perte de vue, et dans quoi tout se lit. C’est pourquoi la mer monte à intervalles réguliers ; il faut bien guider l’homme égaré dans ses pensées vers le rivage solide, le replacer doucement entre les silhouettes de ses contemporains. Certains parfois s’y noient ; ils auront sans doute rêvé trop loin.

Au retour, dans l’arrière-pays, ce fut une promenade giratoire autour du hameau avant le soir, dans le dédale du bocage, avec les mêmes bottes et le même manteau. Ici, il faut savoir s’orienter. Les « chemins noirs » des cartes ne correspondent que partiellement aux traits tangibles du terrain. Le sentier, dont le titre se confond toujours entre la voie communale, le chemin d’exploitation, son tracé théorique et la trace d’usage, les raccourcis, les obstacles imprévus, chus naturellement ou bien creusés par la force du travail, par ses outils, se heurte incessamment au tracé des haies et des talus, architecture fondamentale du bocage. Il n’y a pas de norme apparente si ce n’est la taille du champ, qui correspond à peu de choses près au travail qu’un homme pouvait fournir en une journée, avant l’apparition des engins motorisés. Mais la motorisation, ici, n’a pas abîmé la structure antérieure. Et pourtant, le travail continue. Il était donc possible de s’affranchir d’une partie essentielle de la norme idéologique. Quant à la forme du champ, subtilement parallélépipédique, mystère. Les routes bitumées départementales ont réussi littéralement à percer ce mystère, tirant des traits de kilomètres rectilignes au mépris du cadastre. Impératif militaire entre les ports et l’arsenal, certainement. Ces voies uniformes sont vrillées dans le labyrinthe comme de longs points d’exclamation.

Le marcheur, quant à lui, trouve sa voie dans la bifurcation. La ligne droite tue. Vraiment, le truc, c’est de savoir bifurquer.

Et puisque le moment est venu, je vous souhaite, passante et passant, pour les temps à venir, une bonne vieille santé d’arbre et la joie sans limites de pouvoir bifurquer.

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