En descendant depuis le bourg vers un hameau dit, fort justement, le Hamel (la langue fait parfois très simplement le tour des choses), il y avait un endroit où je n’étais jamais entré, le croyant fermé par habitude, ou verrouillé par usage. Dès l’instant où j’avisai qu’il s’agissait du cimetière communal, répandu dans un pré au milieu de quoi l’église, j’entrepris la visite sur-le-champ, malgré l’humidité ambiante.

L’endroit est charmant même sous la pluie, comme souvent dans les cimetières en ville, a fortiori lorsque celle-ci est perdue au milieu de la campagne. L’église, dédiée à Saint-Corneille (pape numéro vingt-et-un, et dont l’attribut principal est la corne de chasse) est rustique, élémentaire sous son clocher en bâtière miniature qui ne se la joue pas, sauf les dimanches midi quand la proximité de son timbre d’alto rivalise avec le bourdon majeur de la cathédrale voisine.

Derrière l’église, et devant son portail, un if spectaculaire jaillit du sol saturé d’eau avec la puissance d’une éruption volcanique. Un cartel, opportunément placé par la mairie, suggère un âge avoisinant les six cents ans. Cela en ferait un contemporain de, disons, Charles d’Orléans. C’est un exemple, et il serait d’actualité, effectivement.

Voyons cela sans plus attendre, abrité du ciel sous la combinaison aimable des ramures et du porche :

Bien moustrez, Printemps gracieux,
De quel mestier savez servir,
Car Yver fait cueurs ennuieux,
Et vous les faictes resjouir.
Si tost comme il vous voit venir,
Lui et sa meschant retenue
Sont contrains et prestz de fuir
A vostre joyeuse venue.

Yver fait champs et arbres vieulx,
Leurs barbes de neige blanchir,
Et est si froit, ort et pluieux
Qu’emprés le feu couvient croupir ;
On ne peut hors des huis yssir
Comme un oisel qui est en mue.
Mais vous faittes tout rajeunir
A vostre joyeuse venue.

Yver fait le souleil es cieulx
Du mantel des nues couvrir ;
Or maintenant, loué soit Dieux,
Vous estes venu esclersir
Toutes choses et embellir.
Yver a sa peine perdue,
Car l’an nouvel l’a fait bannir
A vostre joyeuse venue
.

(…)

Bref,

De retour, le chat au nez zébré, du fond des yeux, m’observe. Mais où t’es-tu encore fourré, lui dis-je.

Et lui, sans ciller, de répondre : Mais toi, à qui t’es-tu encore collé (et je l’entends encore, la voix chantante et son timbre fêlé).

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