La plupart du temps on ne va nulle part, c’est juste suivre en silence le chemin plausible qui n’offrira la souffrance d’un pas de travers sur une racine en forme de croc-en-jambe, plutôt le plaisir d’un saut de côté dans une lumière incidente comme un coup d’épée. Avec dans le creux de la main un métier qui colle à la paume et nous dit tiens, là c’est une possibilité de se relier à une idée qui trottait en tête le matin ou le soir précédent, et c’est comme cela tout au long du parcours, accompagné dans le hasard d’un va-et-vient entre le réel et la possibilité d’une sympathie, la claire ambiguïté du calme.

D’autres fois c’est un ruban de bitume doux comme un fleuve où chacun suit sa bulle poreuse à la façon des insectes aquatiques qui flottent séparément, à la ressemblance qu’on échange quelques mots lorsqu’un rapprochement — ou un écho favorable dans la futaie — s’y prête. On s’est donné implicitement rendez-vous à la fin de la boucle où la promenade était belle. Et les bottes crottées de rejoindre le coffre de la voiture. Le soir, les maisons débordent d’une chaleur qui imbibe l’obscurité ; des oiseaux invisibles se répondent de loin en loin comme si leur vie en dépendait. La nuit porte à l’interprétation.

Julie Campiche Quartet, Dastet Dard Nakoney

%d blogueurs aiment cette page :