Dans la lignée des « Vases communicants », le « Va-et-vient » reprend le même schéma de communication : un échange entre personnes qui écrivent un texte (avec ou sans illustration) sur le blog d’une autre.

Ce jeu littéraire paraît tous les premiers vendredis du mois. Le thème de ce septième échange est : Un souvenir futur. J’ai aujourd’hui le grand plaisir de recevoir ici Amélie Gressier, auteure du blog Plume dans la main (chez qui vous pourrez par conséquent me lire).

(Les précédentes contributions peuvent être consultées dans la section archives du présent blog)

Les deux autres échanges ont lieu simultanément entre Marie-Christine Grimard (Promenades en ailleurs) et Brigitte Célerier (Paumée), et entre Dominique Hasselmann (Métronomiques) et Jérôme Decoux (Carnets Paresseux).

Le Va-et-Vient N°8 paraîtra le vendredi 1er décembre, le thème en sera : Une odeur de sapin.

À vos claviers, et merci de nous signaler votre participation avant la date de publication !

Un souvenir futur

J’ai plein de souvenirs futurs. 

Ma mère a fait du vélo avec ma fille, elle lui a lu des tonnes de livres.

Elle est venue nous voir à la maternité, elle a été inquiète pendant 9 mois, c’était même un peu pénible parfois. Elle a pleuré quand je lui ai annoncé ma grossesse.

Elle m’a parlé tous les 2 jours quand j’étais en Indonésie, et juste avant ça, le même lundi elle m’a félicitée pour mon diplôme et m’a souhaité un bon anniversaire.

Ma mère a fait un discours très touchant pour mes 20 ans.

Elle a tenu à monter en voiture avec moi quand j’ai roulé pour la première fois après avoir eu mon permis, et elle a eu peur quand j’ai réglé le chauffage sans regarder la route.

Quand j’ai eu mon bac avec mention, elle a été fière mais m’a dit que de toute façon, elle s’y attendait.

C’était quelques semaines après la fête de famille de mes 18 ans, pendant laquelle elle avait tout organisé, avec mes grands-parents, mon père et ma sœur.

En revanche, quand j’ai choisi de faire un bac littéraire plutôt que scientifique contre l’avis général, là, elle n’était pas très contente. Mais elle a fait comme mon père : elle m’a fait confiance. Elle avait dû comprendre que sans ça, ça se passerait mal. 

À mon entrée au lycée, elle m’a offert un beau stylo, comme un symbole.

J’avais déjà mon brevet avant de le passer, mais peu importe : on l’a fêté quand même, avec le bac de ma sœur, en allant dîner au restaurant.

J’ai plein de souvenirs futurs.

Des souvenirs d’un futur qui n’a pas pu avoir lieu. Des souvenirs que j’ai inventés, parce que j’aurais aimé les vivre.

Comme souffler mes 15 bougies avec ma mère.

Mais le tout premier de ces souvenirs, c’est de la voir heureuse quand nous lui avons offert le bijou que nous avions choisi pour la fête des mères.

Ce souvenir futur a son jumeau dans le passé. 

Le souvenir qui le précède. Un vrai.

Celui où nous n’avons pas écouté notre père, quand il nous a conseillé de ne pas attendre le dimanche.

 

Amélie Gressier