Dans la lignée des « Vases communicants », le « Va-et-vient » reprend le même schéma de communication : un échange entre personnes qui écrivent un texte (avec ou sans illustration) sur le blog d’une autre.

Ce jeu littéraire paraît tous les premiers vendredis du mois. Le thème de ce huitième échange est : Un parfum de sapin. J’ai aujourd’hui le grand plaisir de recevoir ici Jérôme Decoux, auteur du blog Carnets Paresseux  (chez qui vous pourrez par conséquent me lire).

(Les précédentes contributions peuvent être consultées dans la section archives du présent blog)

Les deux autres échanges ont lieu simultanément entre Brigitte Célerier (Paumée)  et Amélie Gressier (Plume dans la main), et entre Dominique Hasselmann (Métronomiques) et Marlen Sauvage (Les ateliers du déluge). Marie-Christine Grimard (Promenades en ailleurs), nous présente un textimage de son côté.

 

Le Va-et-Vient N°9 paraîtra le vendredi 5 janvier, le thème en sera : L’impossible solution.

À vos claviers, et merci de nous signaler votre participation avant la date de publication !

Il est là depuis combien de temps

le sapin ?

Il ne sait plus.

Il ne sait pas compter le temps

à la lumière d’un abat-jour.

 

Il ne se souvient plus du temps d’avant

du temps de la pépinière

la mémoire n’est pas son truc

et ça vaut peut-être mieux.

 

Il est là dans le salon

tout le monde est très gentil avec lui,

le papa la maman et les enfants

même s’ils l’ont tous,

sitôt passé le seuil

et désemmailloté de son filet,

immédiatement

et copieusement

enguirlandé.

 

Il attend sans savoir quoi

– ça lui va bien,

végéter, c’est dans ses cordes

entouré de paquets colorés

qui s’amoncellent sous ses branches.

 

Passe le temps, fini l’Avent

advient Noël, passe le temps

disparaissent les paquets

 

Sous un papier doré froissé

Le sapin trouve

un paquet minuscule

– perdu ou bien oublié ?

 

D’une branche tendue

Il attrape le petit paquet

le déballe

– pourquoi pas ?

Il les a vu faire

et après tout c’est bien son tour –

sous le papier une boite

dans la boite une petite bouteille verte

– en forme de drôle de pyramide

de triangles empilés –

Il l’ouvre à peine

un parfum envahit la pièce

vert, vif, vivifiant

qui lui rend sa mémoire

le vent la pluie la neige et la pluie

le sous-bois et la lisière

le soleil et les clairières

qui lui rend sa vie d’avant :

un parfum

de sapin.

Jérôme Decoux