Dans la lignée des « Vases communicants », le « Va-et-vient » reprend le même schéma de communication : un échange entre personnes qui écrivent un texte (avec ou sans illustration) sur le blog d’une autre.

Ce jeu littéraire paraît tous les premiers vendredis du mois. Le thème de ce neuvième échange est : L’impossible solution. J’ai aujourd’hui la joie de recevoir ici à nouveau Marie-Christine Grimard, auteure du blog Promenades en ailleurs (chez qui vous pourrez donc me lire).

(Les précédentes contributions peuvent être consultées dans la section archives du présent blog)

Les autres échange ont lieu entre Brigitte Célerier (Paumée)  et Dominique Hasselmann (Métronomiques), entre Marlen Sauvage (Les ateliers du déluge) et Jérôme Decoux (Carnets paresseux), et entre Amélie Gressier (Plume dans la main) et Jean-Yves Beaujean (Désert Occidental).

 Le Va-et-Vient N°11 paraîtra le vendredi 2 février, le thème en sera : D’un redoublement, l’autre.

À vos claviers, et merci de nous signaler votre participation avant la date de publication !

– Je n’aime pas quand tu as ce regard, ça ne présage rien de bon. La dernière fois ça a duré quarante jours…

– Je réfléchis fils ! Laisse-moi le faire en paix !

– Justement, c’est bien de paix que je me préoccupe lorsque tu cogites de cette manière. Tous ces cyclones et ces inondations ne me disent rien de bon. On a déjà donné dans le catastrophisme.

– Apparemment, ce n’était pas la bonne solution puisque personne ne s’en souvient, répond une voix derrière lui. Forcément, la plupart en sont morts et la tradition orale finit toujours par déformer les informations primitives. Les survivants ont la mémoire courte.

– Ne te mêle pas de notre conversation s’il te plaît. C’est un conseil de famille entre mon père et moi. Pas besoin de tiers.

– Un peu de respect mon fils, il a toujours été de bons conseils. Un Esprit tel que le sien nous est indispensable. C’est la sagesse personnifiée, le troisième angle du triangle.

– Dis plutôt que tu l’apprécies plus que moi parce qu’il se range toujours de ton côté. C’est ton clone, ma parole !

– Calmons-nous, sinon nous n’arriverons jamais à une solution acceptable. Disons que son regard de colombe m’apaise. Il voit toujours les choses de haut ce qui m’est très utile. Toi au contraire, tu ne vois toujours que ce qui t’intéresse. Tu es un grand naïf, croyant que les autres sont à ton image et que leur bon côté finira par triompher. Regarde où on en est avec tes idées de hippie. Le temps du « Peace and Love » c’est terminé. Il va falloir que tu redescendes sur terre !

– D’accord, d’accord. On réfléchit calmement. Je reconnais que depuis quelques années, les choses se dégradent. Avec le temps, au lieu de s’améliorer, elles vont de mal en pis. Ils n’apprennent jamais de leurs erreurs et les reproduisent inlassablement. Tu crois que je suis dans les nuages mais j’ai tout vu. Tout ! J’ai surtout compris où tu veux en venir. Tu penses qu’on s’est trompé et qu’il faut repartir de zéro. Tu veux jeter l’éponge. Je ne suis pas d’accord et tu le sais !

– Oui, tu veux toujours essayer de défendre l’indéfendable. C’est ton caractère, depuis ton enfance. Tu as toujours essayé de réparer les dégâts, relever les murs des lamentations, soigner les blessures, calmer les pleurs, ressusciter les morts, pourquoi pas. Parfois, il faut s’en tenir à la réalité. Il n’est pas possible de sauver le monde quand il est en flamme.

– J’étendrai l’incendie avec mes larmes s’il le faut.

– Oui des larmes de sang, je sais. Tu as déjà essayé malgré la souffrance qu’ils t’ont infligé, ces barbares. Pourtant, on en est toujours au même point, maintenant ils s’en prennent aux femmes, leurs mères, leurs filles, la chair de leur chair.

– Quelques-uns s’en souviennent pourtant. Tu sais que j’ai raison. S’il n’y en a qu’une poignée, je peux recommencer. Laisse-moi le faire.

– Il a de la constance ce petit ! Je me suis toujours demandé de qui il tenait ce caractère, dit la voix. Autant de douceur dans le regard que de volonté pour arriver à ses fins. Enfin, je vois très bien de qui il tient au contraire. Il vaut mieux que je me taise, je sais, inutile de me jeter ce regard incendiaire.

– Oui de la constance dans la bêtise ou dans la bonté, ce qui revient au même. Tu ne vois pas qu’ils profitent de ta bonté mon fils. Ils prennent et ne donnent jamais rien. Seul, leur profit immédiat les intéresse. Rien d’autre.

– Pas tous, non, pas tous. Il y a des justes parmi eux.

– Crois-tu ? Je me demande s’il y en a un seul qui soit vraiment désintéressé. Ils sont égoïstes et violents. Il ne se servent de leur intelligence que pour leur plaisir immédiat. La violence est leur seul moteur, ils finissent toujours détruire tout ce qu’on met à leur disposition. Il se sont même inventé des dieux qui justifient leurs destructions. L’envie, la convoitise, la jalousie guident la moindre de leurs actions. Je ne comprends pas où le plan initial a pu déraper.

– Il faut leur donner une autre chance, père. Je vais essayer de convaincre leurs chefs de changer les plans. On va reconstruire sur les ruines. Ils seront sûrement d’accord. Tu permets que j’essaye. Il y a si longtemps qu’on les a laissés livrés à eux-mêmes, c’est un peu notre faute aussi !

– C’est toi qui m’as convaincu à l’époque de leur laisser la liberté de leurs choix.

– Oui je sais, j’ai cru qu’ils étaient assez mûrs pour cela. Je me suis trompé. On aurait dû mieux les accompagner. Mais maintenant qu’ils sont au bout du gouffre, ils vont écouter les conseils et faire ce qu’il faut pour sauver leur peau, tous ensemble. Il faut au moins qu’on leur en parle !

–  …

– Laisse-lui le temps, ne le brusque pas.

– …

– Bon, j’accepte. Mais je te laisse une seule chance. La dernière.

– (Soupir) Je ferai de mon mieux pour sauver ce qui reste de bon à sauver. Compte sur moi.

Il s’éloigne. Le vent claque la porte derrière lui.

– Je crains qu’il ne soit déçu, une fois de plus.

– Oui, on ne peut leur faire confiance mais il faut qu’il le comprenne par lui-même ou alors il m’en voudra pour l’éternité.

– C’était son idée cette planète bleue au milieu du néant. Il la trouvait si belle.

– Il avait raison, c’était la plus belle. Mais il y en aura d’autre, regarde là-bas celle qui naît de cet amas de poussière. Elle sera encore plus belle. Et on ne fera pas l’erreur de laisser la vie aller jusqu’à l’humain cette fois-ci. On s’arrêtera aux singes. Eux au moins ne tuent jamais pour le plaisir.

– On attend son retour puis on envoie une météorite comme l’autre fois ?

– Non, cette fois-ci j’ai plus simple. Je vais faire sauter le bouchon de la marmite. Ça fera un beau feu d’artifice que l’on verra jusqu’à Pluton. Prépare-toi au spectacle.

– Ah oui, Yellowstone, vous le gardiez pour cela ? Bon, je vais aller entretenir le magma pendant qu’il essaye de ramener la paix dans ce monde de dingues. Qui sait ? il trouvera peut-être quelques justes pour l’aider. Moi, je souhaite qu’il réussisse ne vous en déplaise. Après tout, je l’aime bien cette boule bleue lancée au milieu de votre froid sidéral…

– Tu es un rêveur comme mon fils et tu en es fier en plus !

– Oui je suis Sain d’Esprit ne vous en déplaise, et je n’en pense pas moins même si je suis la troisième roue de la charrette. C’est vous qui avez inventé l’espoir, il me semble, alors secouez un peu vos ailes, il est tant d’avoir Foi en vous et en votre fils. Il est la plus belle de vos réalisations. Il les a déjà sauvés une fois. Ils ne pourront résister à la lumière de son regard, vous le savez.

– J’espère…

– Oui moi aussi. La solution c’est l’amour qu’il leur porte.

– Oui. Tu as raison. L’impossible et ultime solution, c’est l’Amour.

Texte et photo : Marie-Christine Grimard