On a vu des films dans les nouveaux couloirs numériques, du temps qui passe à la longue-vue depuis son fauteuil, des trucs pas possibles avec des nouveaux mots, mettre sur pause si besoin, le moins souvent possible, le temps d’aller prendre un verre, donner à manger aux animaux, aller chercher du bois, ce genre de choses qui viennent d’un coup, ça fait un bien fou chacun dans son fauteuil en pyjama bleu rayé de la liste des courses de chevaux sur la plage, surtout ne pas balancer ses complices, mais où ai-je la tête.

C’était avant le confinement. Ou peut-être pendant le couvre-feu, ou bien dans la période de déconfinement, ou encore en période de liberté conditionnelle, va savoir en tout cas la vue était belle. On a regardé des films sur la pègre, des séries en pagaille où tous les coups sont permis, des politiciens véreux et des mafieux masqués, ce sont souvent les mêmes, un moment on a cru que la télé avait dérapé par erreur sur une chaîne d’infos en continu avec leurs experts de la haine à heure fixe, mais non pas du tout c’était bien la vie réelle de la fiction ordinaire.

On s’est servi à boire afin que les journaux puissent écrire que les gens sont démoralisés et qu’ils ont pris du poids, et puis heureusement Carla Bruni a sorti un disque et Jean Castex, une fois démasqué et s’(en) être lavé les mains, a dit devant tout le monde que lui aussi aurait bien aimé faire la fête mais que sa fonction lui interdisait la déprime et qu’il réparerait ça dans une vie ultérieure au milieu des anges, on a bien compris ça dans les interstices de l’implicite. C’était quand même un foutu bordel dans son crâne d’œuf et dans celui de ses acolytes, compères, auxiliaires, affidés, chauves, crépidules, bref ceux qui fluent et refluent au gré de la lune, si j’ai bonne mémoire. La ministre de la culture, que les histoires de lune ne concernent plus, avait mieux à faire, elle fut donc excusée. God save the Queen et allons à l’essentiel, dixit dominus.

À propos d’essence, à l’un des retours on s’est arrêté en ville parce que c’est souvent le cas, et cette fois-ci en particulier. Un minibus américain caréné d’inox et une Chevrolet Corvette plus vieille que tout le monde flambaient leur existence le long d’un trottoir. On se serait cru dans The Irishman de Martin Scorsese où l’on peut voir du crépusculaire et du sépulcral tant et plus mais surtout, surtout l’envie de tracer un long plan-séquence autour de ses ailes et de ses chromes avec de nombreux mouvements de personnages en costume d’époque et gomina idoine, Colt 45 à la ceinture pour les messieurs.

C’est ce qu’on trouve à la ressourcerie parmi d’autres bricoles du même acabit, des bouquins démodés dont personne ne veut plus sauf quelques membres d’une église de neuropathes sentimentaux. On les reconnaît à la bulle culturelle ductile qui les entoure, les protège et les colle à l’étagère sans dommage collatéral car on peut en pénétrer les richesses en prenant langue avec eux. C’est quelque chose, le « riche et scintillant polythéisme des livres », normalement cela devrait mettre tout le monde d’accord, mais non, on a tous un Colt 45 à la ceinture et bien qu’on s’en défende. Le rouge sang n’est pas qu’une longueur d’onde de 611,37 nm.

Heureusement on entend parfois des passages de témoin. « Laissez la porte ouverte ». De l’air, quoi. Plus beaucoup de temps pour l’à-peu-près. Comme dans une belle américaine.


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