Les pas sont doux, atténués par un sol meuble saupoudré de feuilles brunes et de mucus. Pour un peu, on avancerait pieds nus. Parfois, une branche morte cède sous la sandale, c’est un craquement mat émietté sous la voûte mobile et claire comme la Voie lactée. Au loin, un éclair roux ? Ce doit être un écureuil, un furet, une martre peut-être, ou bien l’une de ces bêtes anodines, furtives mais révélatrices que l’on croise dans les contes, légendes ou fabliaux. Sur les parois de la grotte végétale, un clair-obscur révèle, à son gré, de la fougère, du millepertuis, des hémérocalles. L’eau est partout dans ce milieu fragile, chemin vert et creux où se perdre absolument. C’est une des routes qui mènent à Hambye.

Il faut traverser le couvert de l’ancien verger, à la lisière duquel s’apprécie la majesté d’un tulipier de Virginie. Son nom seul est un roman d’aventures et son âge, approximatif, comme celui des hommes qui choisirent ici, abandonnés du monde, d’organiser leur désert irrévocable.

Les hommes. Avec l’abbaye, ils ont structuré leur monde idéal, où la fondation et les ordres s’apparient impeccablement. Les choucas et les corneilles se disputent désormais l’esprit évaporé. Des fleurs simples, mais indélébiles, habitent inlassablement les parois d’une salle qui fut peut-être capitulaire, ou simple parloir. Sous la voûte doublement céleste, comme une toile d’Hubert Robert qu’un esprit malicieux délierrerait régulièrement — et où l’on peut aussi marcher pieds nus — le vent souligne encore des proportions aussi simples et limpides que celles du chemin, dans ses talus perdu.

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