Vitry-sur-Seine, Villejuif, Le-Perreux-sur-Marne, Ermont, Rosny-sous-Bois, quelque part entre les 19 et 26 mars 2021 (la douceur des noms franciliens, si éloignée des douleurs et des colères ressenties en les parcourant ; les coins tranquilles, parfois, l’illusion sereine d’une paix retrouvée dans un petit jardin du bassin parisien, comme dans la chanson)

Les collines qui bordent Paris, le relief. D’anciennes rivières allant à Seine, des carrières. Une géographie de la campagne demeure sous les immeubles. Il faudrait l’intuition, l’acuité et surtout la justesse d’un Louis Poirier, au civil, pour caresser d’une phrase la peau d’une ville.

À la périphérie, dans les terrains vagues, des roms ont bâti une ville en bois. Ils sont les nouveaux chiffonniers, les éternels ferrailleurs. Les encombrants, le rebut, les déchets, les poubelles, leur gagne-pain (à l’intérieur, City of Lights).

(société d’édition Les Belles Lettres, 1956, quelques feuillets pris au hasard ; le livre, curieusement, n’a jamais connu le coupe-papier (et les astérisques, renverraient-ils à des périls sémantiques, ou poétiques ?)


De J-M, je ne savais pas grand-chose, si ce n’est, par exemple, qu’il était capable de démonter entièrement une vieille voiture puis de la remettre en état et repartir avec comme neuve et comme si rien ne s’était passé dans le laps, ni vu ni pris ni connu. Et de la revendre, va savoir ; il faut bien vivre. Vivre au jour le jour. Respect, camarade. Grand respect, et je ne plaisante pas.

J’appris, de l’un de ses amis, que le père d’un des actuels maraîchers de la place d’Aligre (celui de l’angle rue de Cotte, rue Emilio Castellar, face au bistrot de chez Prunière) savait dès le matin que le temps allait se mettre à la pluie lorsqu’il sentait, amenée par le vent d’est, l’odeur de café grillé du torréfacteur, plus haut dans la rue en direction du faubourg Saint-Antoine.

Au marché d’Aligre (dans l’arrondissement N° 12), les concessions se transmettent de père en fils. Comme chez les avoués, les notaires, les bouilleurs de cru et les bourreaux de l’Ancien Régime.

Dans ces moments où chacun se retrouve pour faire corps et amortir plus doucement, collectivement, le choc d’une disparition, certains ont trop bu et d’autres, dirait-on, pas assez. Les anecdotes de la ville, de son histoire, remontent au gré des conversations et il faudrait la mémoire d’un scribe pour les noter dans son petit carnet moleskine. Pas seulement pour leur statut d’anecdotes transmissibles à l’envi, mais pour leur poids d’humanité en rémanence.

Certains en tremblent encore car le passé, comme toujours, est imprévisible.

Jeff Russo, Peggy Stabs Hanzee (USC Drum Corps)

%d blogueurs aiment cette page :