La ronde N° 35 : Silence

 

C’est aujourd’hui la ronde, suite de textes en échanges, avec pour thème le mot « silence ».

Principe : le premier écrit chez le deuxième, qui écrit chez le troisième, et ainsi de suite jusqu’à ce que la boucle soit bouclée.

J’ai le plaisir cette fois-ci de recevoir deux participants, l’un de leurs blogs étant devenu inaccessible. Cette entraide est donc pour moi un plaisir redoublé.

Vous lirez successivement la proposition de Franck (blog à l’envi), puis celle de Céline Gouel (le blog de mesesquisses).

Je me déplace pour ma part chez jfrisch, auteur du blog jfrisch – la vie de Joseph F. (publication consultable également ici)

Gratitude à eux trois, à tous ceux qui font la ronde, et à leur lecteurs.

 

..

.

 

 

Le silence de Méduse

 

La situation étrange dans laquelle nous sommes met en question une grande partie de ce qui nous semblait normal dans notre vie, notre réalité d’avant. Aller travailler alors que nous devons rester confinés chez nous, ou bien travailler seul de son domicile quand c’est possible, et ce foyer chaleureux qu’il fallait quitter chaque jour devient pour certains une prison depuis qu’on ne peut plus le quitter comme on le souhaite. La distance de sécurité imposée relègue caresses, chuchotements, berceuses à des actes dangereux. La sidération vient surtout de la rapidité avec laquelle le Monde entier se retrouve cul par-dessus tête et si facilement. 

Avez-vous remarqué que dans résilience se cache silence ?

J’ai la double chance d’habiter une grande maison ceinte d’un grand jardin et de ne ressentir aucun des symptômes évocateurs de l’infection virale à ce jour. Grande maison et jardin étaient alors un luxe qui devient aujourd’hui un énorme privilège. S’isoler y est facile. Rechercher le silence pour écrire dessus, comme sur une feuille blanche, devrait l’être. Mais dans cette grande maison calme, quelle que soit la pièce où je m’isole et me retrouve seul, quelle que soit l’heure, il fait par exemple noir en ce moment à six heure cinquante du matin, le silence n’existe pas. C’est un concert de trilles qui vient du jardin encore plongé dans l’obscurité, la chaudière qui ronronne à la cave quand elle se met en marche. Certes ont disparu depuis quelques jours les bruits de voitures et de camions qui passaient devant le portail dés le matin tôt. Le silence est une abstraction. Si j’arrive à effacer ces doux gargouillis de plume, ce bruit de fond discret, s’installe alors un sifflement continu qui coure entre mes deux oreilles comme un casque qui serait posé sur la base du crane. Ce sifflement aigu s’amplifie avec la concentration jusqu’à devenir assourdissant. Le silence, mon silence est tonitruant quand je lui prête attention. Il est saturé des sons qui manquent. Comme un écran de télévision qui restait allumé quand les émissions étaient terminées et qu’un magma de pixels fous grouillait derrière l’écran protecteur. Bien sûr cela n’existe plus car il n’y a plus d’arrêt des émissions télévisées. Un doigt dans chaque oreille n’enlève pas le sifflement. Le silence n’est pas absence d’audition, ni absence de paroles. Il pourrait être absence de pensées, ou plutôt mise en sourdine du bavardage des pensées pour isoler, chercher, la voix silencieuse en nous. En moi. En vain.

Confiné dans le confinement, tout ce temps libre dont je n’aurais pas espéré disposer il y a peu de temps avant les restrictions obligatoires, reste une espèce d’hébétude stérile, d’attente vaine, de silence parasité. Le jardinage serait la seule action constructive en cette période de doutes, et c’est, au quotidien, la raison principale de valorisation du temps passé. Pourtant, comme elle dure la germination. Les progrès des premiers pétioles à percer la surface du terreau se font attendre. Quand enfin un germe vert clair affleure, après toute cette attention impatiente à l’espérer, il prend son temps à s’étirer, à jeter son chapeau et laisser déployer ses deux couettes luisantes. Le confinement est la contemplation du passage de l’escargot sur la planche du potager, une progression souple de tumescence-détumescence qui laisse une trace humide puis une ligne brillante et craquelée. Une antenne se rétracte au moindre stimulus et c’est le corps entier qui se recroqueville sous la coquille, ou derrière un masque. 

Le silence du moment est une symphonie de l’attente. L’esprit paralytique assiste, comme Méduse devant le miroir, à la défaite des demi dieux.

 
 

texte et image : Franck (et Le Caravage…)

..

.


 
 

 

 
 

Trève

 

Le monde semble endormi
Dans le milieu du jour

Même le chat à la porte
A l’air interloqué
De ce calme ambiant
Qui dure
Sur le printemps vivant

Marche essentielle
Avaler ma faim
D’une autre vue
Avoir une raison
pour lâcher les chaussons

Raviver le calme
Respirer les dehors
Qui transpirent
Les cloisons

Les mots dits
Des plus jeunes
Pointent le trop plein
Des jours aux mêmes visages

Le silence n’a pas encore pris
Ni les enfants ni les oiseaux
Qui savent tuer
Les doutes d’agonie
De leurs cris

La terre vibre et respire
Nous ignore
La nature, seule est libre,
Et nous baissons la garde
Et nous posons nos armes

Dans le milieu du jour
Le monde semble endormi.

 
 

Texte : Céline Gouel

Photo : Capucine

..

.


 

La ronde tourne dans le sens suivant :

Giovanni Merloni, le portrait inconscient, chez

Marie-Noëlle Bertrand, Eclectique et Dilettante

Hélène Verdier, simultanées

Noël Bernard, talipo

Franck, à l’envi

ldap (ici)

Jfrisch, jfrisch – La vie de Joseph F

chez Giovanni Merloni, etc.

Bonnes lectures !

 

La ronde N° 34 : épreuve(s), par Frisch

C’est aujourd’hui la ronde, suite de textes en échanges, avec pour thème le mot « épreuves(s) ».

Principe : le premier écrit chez le deuxième, qui écrit chez le troisième, et ainsi de suite jusqu’à ce que la boucle soit bouclée.

J’ai le grand plaisir de recevoir cette fois-ci l’ami frisch, auteur du blog jfrisch — la vie de Joseph F, avec une communication dont il a le secret.

Je me déplace pour ma part chez le métronomique (et néanmoins ami) Dominique Hasselmann.

Gratitude à eux deux, à tous ceux qui font la ronde, et à leurs lecteurs !

Patchwork

Véhicule où dans la nuit un couple parle sous la lumière du plafonnier; discussion grumeleuse, des sièges en cuir clair, ils semblent dans une sorte de salon, isolés du monde, calmes, urbains, nocturnes, causant affaires, alors que la pluie commençait. De l’autre côté de la rue un grand appartement. Plafond élevé, éclairage indirect et sur le mur de biais, un tableau avec un paysage de collines vert malachite, nuages arrondis, voluptueux, un hameau ? Un empilement de construction en torchis (à cette distance on ne verra pas les détails) on peut penser à un paysage imaginaire. Ou bien une estampe décorative très chère mais sans beaucoup de valeur.

L’après-midi l’ombre tatoue la façade de verre fumé, une jeune jupe rouge sort et se dirige vers le boulevard et traverse les rails du tram.

Amazonen Dreef

Naturellement le droit à l’image non jamais photo

Mais oui si vous pensez…

Seulement ahaha mais

Je vous l’assure le droit

Mais ceci n’empêche absolument pas de vous rac…

Charlequin

Je pense dit Joseph, que le langage est plus précis que la photographie.

On pourrait absolument tout savoir de son trajet. Omniscient. Les différentes stations, le labyrinthe, par exemple ce parcours en baïonnette depuis le boulevard Raspail par la rue Campagne Première puis le boulevard Montparnasse qu’elle prenait (numéro 148). Absolument.

Pouvez-vous définir : boulevard : s’agit-il bien d’une voie inévitablement rectiligne ?

Votre voix est elle légitime ? Rectiligne ? Juste ? Pensée correcte : car sinon camp de rééducation chinois , Xinjiang (du chinois : 新疆 ; pinyin : Xīnjiāng ; litt. « nouvelles frontières »), ou Sin-kiang quarante cinq millions de morts. Grand bond en avant. Sans transition passe à autre chose, voix empreinte de légèreté soudain sujet léger fait-divers. On oublie vite. On ne dit pas publicité mais réclame. Jingle.

Lightspeed

On parle bien n’est ce pas de boulevard circulaire, périphérique, mais aussi d’artères de circulation. À ce propos anatomique qu’est-ce qui est le cœur de la ville, l’origine des artères -rectilignes –  ? Montparnasse ? Atomique ?

Jupe rouge, voluptueuse, photo de la jeune femme assise le buste en arrière sensation de bien-être. Sur un pouf. Goudron fumé. Tueuse.

En japonais Moya-Moya : fumée montant dans l’air du matin.

Marché à Arles fruits & légumes fenouil (plus loin lac ou plutôt un grand étang. Lac Balaton si peu profond. Oxyde de cuivre bleu-vert, Katanga, nuages arrondis , Prinsenhof, Charles Quint à l’emplacement me dit-il de la cage du lion (1535). Ancien couvent.

Une série de plafonniers s’allume, l’un après l’autre alors que la jeune femme s’avance lentement (corsage d’Arlequin, losanges, penser à l’huile Lesieur, même motif). Une lumière feutrée. Velours.

Une brosse avec une fente au centre.

Envoi à H. Michaux, agréable exemplaire truffé d’une lettre de l’auteur. 1250 euros.

– si je comprends

– pas de la littérature ça ce qu’on cherche c’est vraiment autre

– Il n’y a pas de continuité de la pensée .. ne voit pas le film, ..on perd le fil

– ne comprends rien

– taches assemblées organisées ou plutôt désorganisées, damier comme un paysage urbain vu d’avion

– je comprends

S’était prise subitement cette semaine là d’un amour fou du théâtre, de leur visage convulsé, en noir et blanc, affiché à l’entrée de la salle.

Devant la fenêtre il regarde vers l’immeuble en dessous, dessus nuages, Rubens, dont la frange argentée. Dessous donc paysage d’une dizaine de maisons de styles différents, ainsi des petits balcons superposés comme des jardins d’hiver, zinc, briques, tuiles, une grande baie arrondie, climatiseur saillant sur la façade et même une sorte d’œil de bœuf (Œ).

Lætitia avec robe rouge fendue, joli brin, collant brun fumé châtaigne . Bruxelles. E dans l’A. Esperluette.

Boerenbrug weg

Cimetière Montparnasse

Suresnes

Saints-Pères

Sonia Rykiel

Chapelle expiatoire

Balconnet.

La toute jeune fille, porte l’ enfant sur le bras gauche, le présentant de l’autre main et lui, tenant le monde, bénissant de sa main droite, leurs regards croisés, méditatifs, elle pensive, Un sentiment évident de confiance. Le manteau rouge de Marie, l’enfant blanc, les mains au centre, le croisement des regards l’addition des deux auréoles. Amour virginal de Lætitia, aréoles dorées (Grande Chaumière). En bas de l’estampe à droite cartouche rouge, hanko marquait l’empreinte.

Pâtes langue d’oiseau (khritaraki)

Filles se tenant par la taille dans les allées

mandorle 

seins boudeurs

Harlequin

Het Duivelshol

J’attendais là, mais la pluie a recommencé vers 11h30, et le jardin fut rapidement constellé de feuilles de hêtre, petite monnaie cuivrée dorée sur le gazon. Pièces détachées.

texte, photos : Frisch

La ronde tourne cette fois-ci dans le sens suivant :

Métronomiques, Dominique Hasselmann

chez

Éclectique et Dilettante, Marie-Noëlle Bertrand

le portrait inconscient, Giovanni Merloni

à l’envi, Franck

talipo, Noël Bernard

Promenades en Ailleurs, Marie-Christine Grimard

jfrisch, la vie de Joseph Frisch

etc.

— prochaine ronde vers le 15 décembre —

La ronde N° 32 : Musiques (par Dominique Hasselmann)

C’est aujourd’hui la ronde, suite de textes en échanges
avec pour thème le mot « Musique »

Principe : le premier écrit chez le deuxième, qui écrit chez le troisième, etc.

Je reçois avec joie Dominique Hasselmann, auteur du blog Métronomiques, qui nous présente une surprenante composition musicale.
Et c’est Hélène Verdier qui me fait le plaisir de m’accueillir sur Simultanées*

Merci à eux deux, merci à tous ceux qui font la ronde, et à leurs lecteurs !

« Blue Ronde à la truc »

Cher Dominique,

Le sujet à traiter cette fois-ci : « Musique(s) » n’est pas facile. J’ai pensé à des musiciens classiques (Bach, Vivaldi, Mozart…), de jazz (Clifford Brown, John Coltrane, Miles Davis…), modernes ou contemporains (Xenakis, Berio, Boulez…), « répétitifs » (La Monte Young, Philip Glass, Steve Reich…), j’aurais pu broder autour ou alentour d’eux, lancer une sorte de filet dans lequel les attraper puis les ramener au bord du rivage afin de les décortiquer puis les déguster à loisir.

J’aurais pu aussi faire une sorte de recensement de la musique telle qu’elle est « interprétée », ici ou là, dans la littérature (la sonate de Vinteuil chez Proust) ou tirer les fils d’une approche théorique plus radicale (Pascal Quignard, La Haine de la musique, Calmann-Lévy, 1996) et les sensations et sentiments qu’elle peut apporter à tout le monde.

Et puis, j’ai préféré improviser moi-même un petit morceau de piano, que j’ai baptisé « Blue Ronde à la truc ». Musique imparfaite, certes, juste le plaisir de faire jaillir quelques notes de ce Pleyel quart de queue planqué dans un appartement parisien.

texte, photo et musique :

Dominique Hasselmann

  • texte également disponible ici

La ronde N° 31 : Figures (par Marie-Christine Grimard)

C’est aujourd’hui la ronde, suite de textes en échanges
avec pour thème le mot « Figure »

Principe : le premier écrit chez le deuxième, qui écrit chez le troisième, etc.

Je reçois à nouveau (le hasard en a décidé ainsi, et je ne m’en plaindrai pas) Marie-Christine Grimard, auteur du blog Promenades en Ailleurs
Et c’est Giovanni Merloni qui me fait le plaisir de m’accueillir sur le portrait inconscient

Merci à eux deux, merci à tous ceux qui font la ronde, et à leurs lecteurs !

Figures à géométrie variable

Les figures réalisées par ces patineurs sont autant d’exploits. Ils enchaînent arabesques et pirouettes, semblant défier les lois de la pesanteur à chaque instant. Ils gravent dans la glace et dans l’esprit des aficionados, le souvenir de leur sillage impeccable, peu importe si les juges ne leur accordent pas la suprême récompense. Parfois les nuits d’hiver, la glace qui glisse sous le vent, rêve aux figures qu’elle a gardées en mémoire et dessine sur les fenêtres les guirlandes de volutes dont elle se souvient.

***

Ma chérie, je n’ai plus figure humaine, regarde ce que ce coiffeur a fait de moi. Je lui ai demandé d’égaliser les pointes et il est parti sur ses grands cheveux, à grand renfort de ciseaux aiguisés qu’il agitait au-dessus de ma tête. Je le voyais dessiner des grands cercles concentriques de plus en plus serrés me demandant quelle figure géométrique, triangle, losange ou pentagramme, trônerait au sommet de mon crâne à la fin de son délire.

***

Le visage de cet homme me rappelle une figure géométrique : un carré ou plutôt un beau cube lisse aux arêtes saillantes, sans un poil sur le caillou, les oreilles collées à son crâne dans le sens du vent, les yeux enfoncés et le nez aplati comme si rien ne devait dépasser de sa personne. Une vraie figure de statue de sel, imperturbable et tellement sûr de lui, qu’on a envie de voir un oiseau le prendre pour perchoir pour lui rabattre son caquet !

***

Je vous demande d’écrire un texte d’invention, vous avez tout loisir de choisir librement votre sujet, en utilisant cependant toutes les figures de style apprises depuis le début de l’année. Votre texte devra se développer comme un arbre dont on suivrait la croissance des branches harmonieusement construites, dans un registre réaliste. Les figures de style apparaîtront comme autant de perles agrémentant le texte pour mettre en valeur vos idées. Vous avez quatre heures.

***

Figurez-vous qu’un jour j’aurai le temps de l’écrire ce roman surréaliste où les plantes s’empareront du monde pour se venger de ce que les hommes leur ont fait subir depuis leur apparition sur terre. Elles s’affranchiront de leur immobilité, franchiront les limites de l’inimaginable et feront disparaître les vestiges de la civilisation humaine sous un tourbillon de vrilles et de feuilles.

***

Finalement, je ne sais quelle figure choisir, tous ces textes feraient bien le début d’une belle histoire à figure humaine ou pourquoi pas les aventures d’une figure de proue ! En ces temps de récompenses littéraires, il suffirait de laisser les mots s’étirer sur la page en prenant le temps de les écrire en suivant les lignes comme on suit le vol des oies sauvages…

***

Texte et photos M Christine Grimard

— prochaine ronde le 15 janvier —

La ronde N° 30 : Arbre(s)

C’est aujourd’hui la ronde, suite de textes en échanges
autour du thème « Arbre(s) »

Principe : le premier écrit chez le deuxième, qui écrit chez le troisième, etc.

J’ai le grand plaisir d’accueillir, pour cette trentième ronde, Marie-Christine Grimard, avec un phototexte des plus communicatifs, comme à son habitude.
On me retrouvera cette fois-ci chez l’ami Dominique Hasselmann. *

Merci amicalement à eux deux, merci à tous ceux qui font la ronde, et à leurs lecteurs.

ARBRE DE VIE / ARBRE D’OUBLI / ESPOIR

 

 

Auprès de toi, l’air est plus doux
Rêver de ce qui pourrait être
Bercé dans l’ombre de tes branches
Redevenir un jeune enfant
En écoutant l’oiseau chanter

Dans l’espoir fou de la jeunesse
Errant dans l’éternel printemps

Vivre sans décompter son temps
Impatient de ce qui sera
Empreint d’un espoir inconscient

Avoir tout le temps devant soi
Reprendre un peu de jours heureux
Boire à la coupe des plaisirs
Refuser de voir les nuages
Et décider que tout est beau

Derrière soi, laisser les maux

Oublier ceux qui passent et lassent
Un jour amis, un jour tueurs
Bénir les nuits où la vie danse
Laisser passer les jours d’horreur
Indifférent aux importuns

Et quand le dernier jour viendra
Se retourner sur son chemin
Penser, sans regret ni remord
Oser écrire en souriant
Il faisait très bon ici-bas
Reviendrai-je sous ces branchages …
……….… où j’ai vécu et tant aimé

Texte et photos : M. Christine Grimard

Aujourd’hui dans l’atelier :

Marie-Noëlle Bertrand
va chez Joseph Frisch
qui va chez Noël Bernard
va chez Hélène Verdier
va chez Franck Bladou
va chez Giovanni Merloni
va chez Marie-Christine Grimard
va chez Dominique Autrou
va chez Dominique Hasselmann
va chez Guy Deflaux
qui va chez Marie-Noëlle Bertrand

— prochaine ronde le 15 novembre —
  • texte disponible ici également

La ronde N° 29 : Désert(s)

Aujourd’hui, la ronde, suite de textes en échanges
sur le thème « Désert(s) »

Principe : le premier écrit chez le deuxième, qui écrit chez le troisième, etc.

J’ai le grand plaisir de recevoir Jacques, et sa Patagonie. Ce billet aurait dû paraître le 15 juillet, simultanément avec ceux des autres participants. Pardon, évidemment, pour ce retard. Je me déplaçais alors chez l’ami Dominique Hasselmann*.

Merci à eux deux, merci à tous ceux qui font la ronde, et à leurs lecteurs.

Patagonie

 

 

lui assis de biais, disant que oui après tout Paris, d’accord, toute cette joie, mais vois tu ce qu’il préférait, c’étaient les soirées d’automne, le vent qui appauvrissait les arbres, qui jour après jour les dépouillait, leur rendait forme humaine, c’est merveilleux hein le soir toute cette nostalgie et qu’il allait chercher là-bas dans le Jardin des Plantes où, étudiant c’est à dire penses tu en 1976 … où parfois il arrivait à l’ouverture, pour passer la journée entière sur un banc – non elle ne le voyait pas rester autrement que dix minutes, mais faisant celle qui croyait – tout ce temps à regarder les heures courtes d’octobre s’alourdir et tomber, vois tu, le temps et la vie, des jeunes femmes poussant des enfants, puis le soir pastel de plus en plus sombre tiré par des bourrasques d’ouest à travers l’allée principale vers la Seine , alors qu’un solfège d’étoiles se mettait en place, et qu’il prétendait, être le dernier visiteur, la dernière présence humaine dans ce grand rectangle de silence où depuis des siècles, au-dessus des égouts, du métro et peut-être aussi de rivières souterraines, de grands cèdres alimentaient leurs racines dans ce limon profond du fleuve, ce n’est pas comme chez vous vois tu, et alors elle le regarda avec un imperceptible sourire des yeux, un peu agacée quand même de ses tics de langage, du tutoiement, il allait parler de la guerre, de tout ce qui s’était passé, or chez nous, depuis des années tout est nouveau, bien plus efficace qu’à Paris justement : il y a des cafés des magasins de luxe, des pelouses et des canaux tout est fait pour que les gens soient efficaces et que la vie sans accrocs, mais il fallait le laisser parler car il était si confortable dans son rêve et puis après tout le restaurant était calme et climatisé et il valait mieux être là que sur la route pour les douze prochaines heures à traverser un pays de bois et de lacs où seuls des animaux sauvages pourraient – peut être – s’orienter, puis de longues vallées suspendues dans ces rochers calcaires et rouler encore vers S*** heure après heure, mais qu’est ce qu’ils avaient à les envoyer là ces gens du Siège, eux qui n’avaient jamais simplement vécu deux jours sur une plate-forme et qui ne connaissent du pétrole que ce qu’il faut pour la berline familiale entre la banlieue ouest et Saint-Denis, l’envoyer, elle avec MachinChose en chaperon, soixante ans au moins et sa géologie électronique top niveau, et qui maintenant dérivait sa nostalgie vers Montmartre puis Vincennes et sans doute bientôt le tour de Paris ou les jardins du Palais Royal, elle regardait maintenant derrière lui la photo de l’ancien propriétaire autrichien qu’on avait accroché là au dessus du bar vois tu

après qu’ils auront dépassé les derniers kilomètres de verdure, traversé S***, ce seraient la poussière et les pierres, les cahots et la trace vers le sud où la frontière fait une sorte d’angle aigu, comme enfoncé dans la province de P*** le guide armé tenant le volant à deux mains, son regard fixe à peine au dessus du capot, n’arrêtant pas de parler dans cette sorte d’anglo-sabir nerveux couvrant à peine le tintamarre d’une radio-cassette canadienne, alors qu’au loin scintillant dans l’écrasante lueur du matin, on verrait ces châteaux en Espagne, (elle avait appris l’expression fata morgana), pendant que l’autre voiture de l’escorte où il est assis le buste droit croisait et décroisait leur route, tantôt devant, tantôt derrière, et qu’à Paris l’été finissait en douceur au Parc Montsouris

Texte et images, Jacques d’A.

 

 

La ronde tournait cette fois-ci dans le sens suivant :

Marie-Christine Grimard chez Jacques
Jacques chez Dominique Autrou
DA chez Dominique Hasselmann
DH chez Franck
Franck chez Céline Gouël
CG chez Jean-Pierre Boureux
JPB chez Giovanni Merloni
GM chez Marie-Noëlle Bertrand
Marie-Noëlle chez Marie-Christine, etc.

 

— prochaine ronde le 15 septembre –

* texte disponible également ici

La ronde N° 28 : souvenir(s)

Aujourd’hui, la ronde, suite de textes en échanges
sur le thème « souvenir(s) »

Principe : le premier écrit chez le deuxième, qui écrit chez le troisième, etc.

Serge Marcel Roche, auteur du blog chemin tournant, nous fait le plaisir de prendre part à l’épisode. Je lui en suis reconnaissant.
Pour sa première participation, c’est une joie de mettre en ligne ses mots, tandis que je me déplace chez l’ami Franck.*

Merci à eux deux, merci à tous ceux qui font la ronde, et à leurs lecteurs.

 

Fin de semaine

 

 

 

 

 

1 On case les subsahariens au dernier étage de l’hôtel où dans une chambre médiocre chacun disparaît.

2 Douche sommaire, l’eau monte avec peine, le village n’est pas loin.

3 Nuit, je fume, au bord de la fenêtre.

4 Presque midi, immeubles tristes, coulures grises sur ocre déteint, terrasses sans apparente vie humaine.

5 Prospectus avec plan du même ton que dehors. Adresses de lieux où je n’irai pas.

6 Il est dit : Quatre-vingtième ville la plus chère du monde.

7 Je longe le rempart sans être ému par les siècles ; corniche, blocs de béton, bouts de grues portuaires.

8 Je ne verrai pas la mer.

9 Oublié que déjà le soir (dormi matin), la mosquée, trait faïencé, n’est plus ouverte qu’aux priants.

10 Retour au centre par un quartier populaire, bâtis morbides, odeur d’équarrissage, liquides divers.

11 Deux ou trois vieux me saluent discrètement – on me dira plus tard : héritage de Lyautey.

12 Flânerie dans l’ancienne médina décrépite, les portes bien que fanées sont encore belles ; je rêve à des patios derrière, des jardins qui n’existent plus.

13 Achat d’un truc en toc, une lanterne, et d’une petite coupe à motifs bleus. Pourquoi ?

14 Passage par el Bab… (laquelle?) ; c’est plus gai, vendeurs, chalands, sons de radio.

15 Viduité de l’être étranger. Je parviens d’une cabine à téléphoner (au pays, chez soi).

16 Nuit mauvaise. Effrayante absence de bruits. J’ouvre la fenêtre.

17 Matin, pas plus de deux passants. Une place avec des pigeons nombreux, des pigeons asthmatiques et fiévreux.

18 Architecture sans lieu. Du néo. La cathédrale (geste : par là) est devenue espace culturel.

19 Elle est belle, ma ville endimanchée, me dit, souriant, l’homme d’affaires.

20 Déposé devant une église gardée par des militaires.

21 Une vieille femme me raconte sa vie durant, sa vie où tout se mêle, tendresse et haine.

22 Déjeuner, là ou ailleurs, je ne fais que passer.

23 Rentré à pied, je crois. Après-midi très morne, sur le lit. Pas de garçon d’hôtel.

24 Quelques pas, un tour de-ci de-là, sans penser.

25 Une femme, vêtue d’une robe scintillante, attend son carrosse mécanique.

26 Rester devant, encore un peu, pour n’être pas seul là-haut.

27 On vient me chercher, c’est encore le jour.

28 Vouloir seulement partir.

29 Vous n’êtes pas sur la liste des passagers.

30 Fin de semaine à Casa.

Nos souvenirs sont-ils du cinéma ?

Serge Marcel Roche

La ronde tourne cette fois-ci dans le sens suivant :

Marie-Noëlle Bertrand chez Élise
Élise chez Giovanni Merloni
GM chez Serge Marcel Roche
SMR chez Dominique Autrou
DA chez Franck
Franck chez Jean-Pierre Boureux
JPB chez Hélène Verdier
HV chez Noël Bernard
NB chez Jacques
Jacques chez Marie-Christine Grimard
MCG chez Marie-Noëlle Bertrand
etc.

— prochaine ronde le 15 septembre —

* texte disponible également ici

 

 

La ronde N° 27 : dialogue(s)

Aujourd’hui, la ronde, une suite de textes en échanges
sur le thème « dialogue(s) »

Principe : le premier écrit chez le deuxième, qui écrit chez le troisième etc.

 

 

Élise est venue avec un poème de Jean Tardieu.
À partir du poème Conversation, paru en 1951 dans le recueil Monsieur monsieur, jouer à Un mot pour un autre c’est-à-dire changer quelques mots d’un texte tout en en respectant sa structure :

 

Élise L.

 

On trouvera chez Marie-Christine Grimard, que je remercie pour son accueil, un cut-up de mon invention, à partir de chacun des textes des dix premières rondes.

 

La ronde tourne cette fois-ci dans le sens suivant :

Marie-Noëlle Bertrand chez Jean-Pierre Boureux
JPB chez Jacques
Jacques chez Élise L.
Élise chez Dominique Autrou
DA chez Marie-Christine Grimard
MCG chez Giovanni Merloni
GM chez Dominique Hasselmann
DH chez Céline Gouel
CG chez Franck
Franck chez Noël Bernard
Noël Bernard cher MNB …

 

 

— prochaine ronde le 15 mai —

 

%d blogueurs aiment cette page :